Article paru dans Guitariste Acoustic n°32

Aphrodite

Attiré dès son plus jeune âge par la lutherie, puis initié, voici plus de quinze ans, par Christophe Schütz, Vincent Engelbrecht n'en est plus à son coup d'essai. Après une magnifique basse électro-acoustique testée dans nos colonnes, voici l'aguichante Aphrodite, conçue et réalisée dans son atelier de Saint-Michel l'Observatoire.

L'atout confort

Le vernis (high-gloss) et les finitions boisées se révèlent remarquables. L'Aphrodite est dotée d'un "armrest", biseau marqueté qui renforce le confort de l'avant-bras sur la caisse. Les pickers apprécieront également le chevalet pinless (joliment marqueté de la même essence exotique que la rosace et l'amrest) pour étouffer les basses. Le manche de l'Aphrodite possède un profil en C, pas trop fin et régulier de la tête à la caisse. Grâce à un frettage très bien réalisé sur une touche épaisse, la prise en main et les déplacements jouissent d'un confort optimal. Vincent Engelbrecht a par ailleurs choisi des mécaniques Gotoh (510), dont le ratio lent permet une grande précision d'accordage. A noter enfin les sillets en os, parfaitement polies et bien ajustés.

Conception poussée

Si cette Aphrodite fait monter la température dès la sortie de son étui ABS, elle étonne tout autant par sa conception : une vraie beauté intérieure ! Commençons l'effeuillage : un point esthétique typique des instruments de Vincent Engelbrecht réside dans le raccord du manche à la caisse de résonance. En effet, l'âme du manche se prolonge dans la profondeur du pan coupé. L'assise se fait à l'opposé, afin que la paume de la main garde la position jusqu'aux notes les plus aiguës. La caisse est tout aussi particulière, avec une table et un fond doublés dans leurs épaisseurs respectives. Barrage de table et renforts de dos demeurent invisibles, car contenus entre les deux pièces de bois composant ceux-ci. Ce procédé n'est pas sans rappeler les doubles peaux de batterie, au timbre précis et droit, développant une richesse de nuances sans trop d'harmoniques parasites.

 

Comme un bon piano

Si l'Aphrodite annonce un caractère esthétique bien trempé sa polyvalence lui permet de s'immiscer dans tous les registres. Son volume sonore s'avère correct eu égard à son format, la balance du spectre restant, elle, très droite. Chaque note sonne de façon pleine, avec une tenue remarquable, bien au-delà de la moyenne. Ce soutien fait apparaitre progressivement l'octave supérieur et attise l'envie de jouer de longues notes, comme on le ferait en solo sur un modèle électrique. L'équilibre en surprendra plus d'un, tant entre chaque corde que sur la totalité de la tessiture et ce sans point mort. L'Aphrodite réagit promptement aux attaques les plus faibles, mais ne s'écrase pas non plus à forte pression sur les cordes. Le jeu en accords frottés ou plaqués préserve la précision de chacune des notes qui les composent : arpèges, picking et solos s'en trouvent sublimés.

Electro-simple

Tout haut de gamme qu'elle est, l'Aphrodite se voit équipée d'un simple "Elément" L.R.Baggs dernière génération, avec rappel de volume en bord de rosace. A noter la présence du piezo tresse en pression sous le sillet de chevalet est relié au pré-amp intégré dans le jack. La pile se change toute les 150 heures en détendant les cordes. Ne nécessitant qu'un trou de 3mm en fond de chevalet et un de 12mm en bas de caisse pour la sortie jack/attache courroie, ce système ne provoque aucune nuisance dans l'acoustique. Le reproche récurent adressé aux piezo (souvent "claquant") se fait vite oublier ici tant le signal acoustique est riche et consistant à la source. Les qualités découvertes en acoustique sont bien reprises dans le signal en sortie, et les basses n'étant pas envahissantes, l'égalisation extérieure ne se justifiera vraiment que pour un choix de couleurs sonores. Les puristes les plus exigeant regretteront l'absence d'un vrai micro supplémentaire, qui ne fait cependant qu'à peine défaut.

Dans la cour des grands

L'Aphrodite porte bien son nom : usant de mille atouts esthétiques et sonores, elle séduira tous les guitaristes. Sa polyvalence lui ouvre les portes de tous les styles musicaux, et son prix (4200 €) se justifierait même dans une présentation plus sobre. Chapeau bas, Monsieur Vincent Engelbrecht !