Article paru dans Guitare Sèche le Mag

Une déesse grecque bien française

Avec ce modèle unique : l'Aphrodite, Vincent Engelbrecht va au delà du simple instrument acoustique de qualité. Il nous livre sa vision de la guitare acoustique, aussi sonore que sculpturale. Attachez vos ceinture, nous allons voyager au sein de la lutherie d'exception.

Avoir la chance de tester une guitare unique, réalisée par un luthier doué c'est une chose, mais avoir en plus, le dit luthier sous la main pour lui poser plein de questions, c'est encore mieux. Car qui mieux que lui pourra nous renseigner sur son travail ? Mais avant tout, il faudra garder à l'esprit qu'il s'agit d'une guitare faite sur mesure. Qui dit sur mesure sous entend que cela représente le résultat de la somme de plusieurs options appliquées à une base commune. Ici l'ergonomie comme le galbe du manche, le choix de la touche ou simplement le choix des bois sont autant de leviers à actionner pour construire une Aphrodite à son image. Il ne faut pas, non plus,perdre de vue que chaque choix décoratif ou artistique, pèse sur le prix final de l'instrument.

Le poids du bois

Cette guitare représente un peu la mixité. On sent bien que Vincent a fait énormément de recherches sonores afin de produire un instrument qui s'utilisera en toutes circonstences. La table en cèdre rouge justifie, à elle seule, le prix de l'instrument. Imaginez que ce bois de toute beauté ait séché pendant plus de 50 ans avant de se retrouver là ! Cette table se voit doublée du même bois. On se retrouve avec un bois épais, solide et qui résonnera de plus belle. Pour compléter l'épicéa, l'Aphrodite dispose d'un fond et d'éclisses en palissandre indien qui se paiera le luxe d'un doublage en acacia français. D'après Vincent, l'acacia est un bois très résonnant, très utilisé en lutherie indienne et bulgare. Le manche et les filets sont en acajou, un bois qui se marie très bien avec l'ébène du Gabon de la touche rapportée. Le chevalet, quant à lui, est taillé dans du palissandre de Madagascar et les incrustations sont en moutouchi de Guyane. On a là, un véritable melting-pot de bois qui ont en commun une formidable capacité de résonnance, et un rendu visuel du meilleur gout. L'accastillage se limite à 6 mécaniques Gotoh à bain d'huile et l'électronique à un système de pré-amplification L.R.Baggs Element qui se pilote juste à l'aide d'un volume planqué dans la rosace à la manière des Lakewood.

Bas les pattes

La prise en main s'oppère naturellement, on trouve tout de suite ses marques. Le manche d'un diapason de 640mm est d'une largeur de 43mm (sillet) et de 53mm (à la 12ème case), pourtant taillé selon les gout du futur propriétaire, est un régal d'ergonomie. Les mains glissent toutes seules sur son vernis et le dessin très original et très particulier du talon permet un accès aux aigue qui frise la perfection. Pensez qu'il est possible grâce à lui de faire des accords sur les 23 cases que compte l'outil. Voilà qui pourrait rendre jaloux certains de nos amis guitaristes ne jurant que par les guitares électriques de type flying V, dont l'accès aux cases aigu est un des points forts. La découpe pour l'avant bras droit reste esthétique, mais elle adoucit tout de même l'arrête et préserve la circulation du sang vers la main surtout en position assise. L'instrument est parfaitement équilibré et son gabarit mesuré conviendra aussi, aux plus petits modèles féminins qui, après tout, ont autant le droit que les gros routiers de base de jouer des instruments exceptionnels.

 

Le choc du son

Dès le premier accord, on est saisi par la richesse harmonique et la fine précision de chaque note jouée. On s'étonne également de la puissance de projection compte-tenu de la caisse de résonnance, pourtant assez standard. Inutile de bourriner pour être entendu par les derniers rangs d'une petite salle ou pour ressortir dans un bon mix live. La guitare prend sa place avec assurance grâce à des médiums riches et précis. Suivant l'endroit où l'on attaque les cordes avec la main droite, on pourra jouer sur le rendu des fréquances. Ainsi plus on se rapproche du chevalet et plus on sonnera aigu et incisif et à l'inverse, plus on grattera vers le manche et plus on sonnera grave. Pas besoin de changer de micro comme sur une solid-body, il suffit de gratouiller au bonne endroit pour obtenir le même résultat. Cela reste, somme toute, assez logique, mais rares sont l'instrument sur lequel l'effet est aussi flagrant. Je vous ait déjà dit que cette guitare était diaboliquement précise ? Oui ? Et bien je le répète ! L'autre qualificatif qui lui sied tout autant c'est "droit". Les sons de chaque corde jouissent d'un bon sustain, mais surtout on n'oberve pas de variations sinusoidales que l'on a souvent sur des notes tenues. Ici le son décroit lentement et progressivement depuis l'attaque jusqu'à l'extinction de la note.

WAOW !

Vous l'aurez compris, cette acoustique représent un peu le Saint-Graal du folkeux, la Ferrari du bluesman ou encore la Rolls du Jazzman (manouche ou non). Mais, le rockeur y trouvera de quoi composer les ballades "pièges à filles" de rigueur (et non de raideur). On évitera, peut-être, le sable des plage bande de sauvages. Mais, il y a une niche à laquelle peu de monde pense, celle des tapeurs acousticiens. Pour eux, d'après moi, il s'agit de l'arme absolue, le prix est à la hauteur du rêve, mais vu le résultat, il est largement justifié.